Mise à jour – Cet article est republié suite à la dégustation et à la découverte des deux premières cuvées du Château Cazebonne – A découvrir en fin d’article.

On entend souvent parler des chefs d’entreprises (étrangers, avec une préférence pour les chinois) qui achètent des grands châteaux dans le Bordelais. Alors, quand c’est un entrepreneur français qui vous dit : « avoir mes vignes et faire mon propre vin, c’est mon rêve depuis que je suis gosse. Ce rêve est en train de se réaliser ».

Cet entrepreneur, c’est Jean-Baptiste Duquesne, qui a fondé en son temps la cave 75cl, mais a surtout créé le site de recettes de cuisine 750g et dirige aujourd’hui la société Junggle, spécialisée dans les contenus médias et réseaux sociaux. Son rêve de vignoble, c’est dans les Graves qu’il l’a réalisé, en faisant l’acquisition mi-2016 du Château Cazebonne, une propriété de 20 hectares.

Le Château Cazebonne

Une des premières considérations lorsqu’on veut acheter des vignes est la question épineuse du « où ». Jean-Baptiste Duquesne choisit le Bordelais, mais il lui faut deux années de patience avant qu’il ne trouve le « mouton à 5 pattes » qu’il recherchait.

Le Château Cazebonne se situe à Saint-Pierre-de-Mons, à la pointe est des Graves, près de Langon et du Sauternais. La propriété est un vignoble de 28 hectares d’un seul tenant, situé une belle croupe graveleuse. Les vignes y ont entre 10 et 45 ans, avec les cépages classiques du Bordelais (Merlot, Cabernet Sauvignon, Sauvignon blanc, Sémillon…), et un passé en viticulture conventionnelle. Atout principal : les bâtiments, avec une cuverie équipée et un outil de vinification et d’élevage complet, au coeur de la propriété.

Conversion en biodynamie

Un domaine viticole, c’est une affaire de vignes et de terres, mais c’est aussi une affaire d’hommes. C’est sa rencontre avec le vigneron David Poutays qui a tout changé. Face à l’entrepreneur fan de vins de Bordeaux, un vigneron avec 15 années de parcours d’apprentissage de la biodynamie. Un coup de coeur professionnel, et l’envie de mener le domaine en biodynamie, chose rare dans la région.

« David, j’adore ce qu’il fait, j’aime ses vins, mais j’aime surtout la manière dont il travaille. Moi qui n’y connaissais pas grand chose à la viticulture et à ce métier, il prend le temps de tout m’expliquer. Il me fait part de ses observations, m’explique sa vision de la vigne et du vin, partage sa réflexion, me donne le pour et le contre, ses arguments, les risques… Et on prend toutes les décisions ensemble. Notre but, c’est de faire les meilleurs jus possibles, de faire du vin qu’on aura plaisir à boire et qu’on sera fiers de partager. »

En biodyamie, donc, mais avec une bonne dose de bon sens et de raison. Les choix sont réfléchis, et la théorie est confrontée à la réalité : tester les décisions, comparer les résultats, reproduire les succès et éliminer ce qui n’aura pas fonctionné. L’objectif étant toujours de faire le meilleur vin possible.

Exemple typique de ce processus de prise de décision empirique : faut-il ou non renouveler la cuverie ? Et par quoi ?
L’acquisition s’est faite au cours de l’été 2016, avec donc une fin de maturation des raisins et une vendange à rentrer. A ce stade, il n’y a plus vraiment d’impact possible dans la vigne, seule la vinification peut être influencée. Jean-Baptiste et David ont donc choisi de profiter de ce millésime « test » pour faire quelques essais, et notamment sur la taille des cuves, afin de savoir comment ré-équiper la cave. Après la presse, une partie de la vendange est allée dans des cuves de 100 à 200hl (dont les chais étaient équipés), une autre dans des cuves de 20 hl. Le résultat à la dégustation, après de longues fermentations ? « C’est le jour et la nuit. On a pris les mêmes raisins, on a tout fait pareil, et on n’a pas le même vin. Dans les petites cuves, on a une profondeur de fruit, une matière, une finesse, une couleur, qu’on n’a simplement pas dans les grandes. »
La suite logique : la cuverie a été intégralement remplacée, avec des plus petits contenants permettant de faire du parcellaire et des micro-cuvées. Un investissement nécessaire, qui n’aura que peu de répercussions sur le prix final des vins (cela correspond à 10cts par col sur 10 ans), mais a un impact qualitatif colossal.

Un projet à long terme

Si certains changements peuvent se constater dès le premier millésime, les efforts menés en viticulture ne portent leurs fruits qu’avec le temps. Et ce n’est qu’avec quelques années de bouteille que les vins « de garde » se révèleront. Mais l’avenir de Cazebonne semble très bien parti.

A terme, Jean-Baptiste et David envisagent de replanter des variétés historiques du Bordelais, des cépages qui avaient été écartés, principalement pour des questions de résistance aux maladies et de rentabilité, et qui ont été oubliés depuis. Certes, ces variétés ne sont pas acceptées dans le cahier des charges de l’appellation, mais on les imagine mal renoncer à un projet qui leur tient à coeur pour une simple question de règlementation et d’étiquetage…

Les premières bouteilles

Mise à jour – Juin 2019

De côté de la gamme, deux cuvées du millésime 2017 ont déjà vu le jour. A terme, la gamme s’élargira pour faire place aux cépages oubliés, que Jean-Baptiste veut voir renaître dans le Bordelais, et à d’autres styles, montrant tout le potentiel de ce terroir.

Entre Amis 2017 (AOP Graves rouge) est un vin rouge sur le fruit, avec de la fraîcheur, du relief, un profil tannique souple, pas de bois, et une expression aromatique qui fait ressortir de jolies notes de fruits rouges et noirs. Le genre de vin auquel on pense quand on souhaite un « petit vin de copains de Bordeaux ».

Peyron Bouché 2017 (AOP Graves blanc) montre un autre visage de Cazebonne : une cuvée de caractère, issue d’une sélection parcellaire et d’un assemblage de Sauvignon blanc et de Sémillon. C’est un vin vibrant, profond, complexe, au bouquet éclatant, qui montre aussi un autre visage des blancs du Bordelais, et la richesse du terroir des Graves et de leurs cépages classiques.

Pour en savoir plus : rendez-vous sur le site internet de Cazebonne et la page Facebook du Château Cazebonne, où Jean-Baptiste et David dévoilent régulièrement les coulisses de cette aventure sur . Le travail des sols, l’équipement de la cave, les travaux de la vigne… Toute l’activité d’un domaine, avec plein d’explications pour les néophytes, garanti sans filtre !