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Billet d'Humeur

Le 30/01/2012 par Julien

Le Jura ou l'éloge de l'apprentissage

Le Jura ou l'éloge de l'apprentissage

Notre environnement nous offre de plus en plus de plaisirs abordables, immédiats. Tout est fait pour plaire. A tout le monde. Tout de suite.

Les livres sont de plus en plus courts, écrits de plus en plus gros, les chansons de plus en plus faciles à écouter, avec des paroles de plus en plus simples à mémoriser… et les vins tous de plus en plus accessibles, flirtant soit avec le jus de fruits ("fruité"), soit avec l'infusion de chêne ("puissant et charpenté"… Charpenté, c'est le mot oui…), deux goûts, deux parfums (comme les glaces ou les chewing gums) qui permettent de faire plaisir à l'immense majorité de la population.

Eh bien moi, tout cela m'attriste. Ce qui est facile est également fade. Permettre à Roméo et Juliette de se galocher joyeusement sous l'oeil respectueux de leurs familles respectives aurait été beaucoup plus simple. Mais il n'y aurait pas eu de quoi en faire un drame. Justement.

C'est là probablement la raison de mon amour pour les  vins du Jura.

Le Jura, c'est un électrochoc.

Ce sont parfois des vins qui savent être infiniment fruités.
Ce sont des savagnins qui sentent la noix et ont un goût de curry et de comté qui aurait sué.
Le Jura, ce sont aussi ces trousseaux et poulsards qui peuvent donner tantôt des vins de fruits (rien de mal en soi) tantôt des vins plus… particuliers.

Je me souviens ainsi d'un trousseau assez âgé qui m'avait donné du fil à retordre.
Premier nez. J'inspire, je ferme les yeux. Je suis dans une clairière, on est en automne et la pluie vient de cesser. Je sens les feuilles mouillées, la mousse.
Second nez. Je suis toujours dans cette clairière et je sens toujours cette humidité autour de moi. Je sens toujours ces feuilles trempées... mais il y a quelque chose d'autre. Quelque chose qui a vécu.
La bouche. Ca se précise. Je perçois maintenant des arômes de sous-bois, de fruits noirs mais toujours accompagnés de cette saveur particulière. J'y suis! Tout dans ce vin est traversé par une trame pour ainsi dire viandeuse.
Ce vin est un concentré de vie. Ou plutôt: il est l'essence de ce qui a vécu. Les feuilles mortes se décomposant lentement dans cette clairière, les fruits noirs leur emboîtant le pas et quelque part sous l'épais tapis couleur rouille un animal qui avait dû passer de vie à trépas...

N'allez pas croire que la bouteille avait un défaut. Le vin en tant que tel était parfait. Il était juste singulier. Et il m'a marqué.

La première fois, je ne l'ai pas aimé (j'imagine que peu parmi vous auront été séduit par mon compte-rendu de dégustation…).
Et pourtant, je l'ai de nouveau goûté. Une fois de plus. Une fois encore. Et je me suis rendu compte que non seulement je m'habituais à cette palette aromatique nouvelle mais que je me mettais à l'aimer.
Ce ne fut ni facile, ni immédiat, ni simple. Mais cela en valut la peine.

Car voyez-vous, en matière de vin, tout le monde peut se promener dans un verger et se gaver de fruits sous le soleil estival. Rien de plus simple.
Mais grâce à ce vin, j'ai la chance de pouvoir aussi faire quelques pas dans une clairière humide en automne. Et ceux qui peuvent m'accompagner ne sont pas si nombreux. Ils ont comme moi appris à aimer ce qui ne s'offre pas facilement.

Le Jura, en vin et en pays, c'est l'antithèse du tourisme de masse. Et c'est pour ça que je l'aime.



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