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Découverte

Le 28/03/2017 par Mohamed Boudellal

Clinet, Haut-Brion, Mouton… pour tous ?

Clinet, Haut-Brion, Mouton… pour tous ?

Qu’on ne se méprenne pas, les grands châteaux bordelais n’en sont pas venus à démocratiser à ce point leurs chers breuvages. En fait, il s’agit d’un phénomène qui depuis quelques années gagne même le cercle des crus classés ou assimilés, à savoir que de simples bordeaux, supervisés par leurs soins, sont vendus sous leur signature à des tarifs bien plus abordables, puisqu’on peut se les offrir pour parfois bien moins de 10 €.
Le précurseur de ce principe est le très célèbre Mouton Cadet, qui pendant un temps a joué sur sa filiation avec le non moins célèbre Château Mouton Rothschild, alors qu’il ne s’agissait aucunement d’un second vin mais d’un produit à part entière. On l’aura compris, un tel rapprochement ne pouvait que faire mouche auprès d’acheteurs candides, impressionnés par ce grand pedigree. Cela dit, l’universel Mouton Cadet s’est depuis longtemps autonomisé de son illustre référence, gagnant sa propre distinction, celle d’une étiquette rassurante et bienséante, et… abordable. Son modèle a fait école.
Aperçu d’une tendance renaissante.

La success story de Mouton Cadet

C’est au début des années 30, sous l’ère du Baron Philippe de Rothschild que naît l’idée d’un vin portant l’estampille du fameux cru classé de Pauillac mais issu d’approvisionnements extérieurs à son domaine, étendus à toute l’aire de Bordeaux. 1932 sera le premier millésime issu du mode opératoire caractérisant les produits commercialisés sous la marque Mouton Cadet. Et hormis l’interruption due à la Seconde Guerre Mondiale, sa notoriété ne cessera de s’affirmer et de s’étendre au monde entier. Ce long parcours ne sera pas routinier puisqu’un blanc verra le jour en 1972 et, plus récemment, toute une gamme viendra enrichir le label de cuvées spécifiques, allant d’un rosé à des vins de garde. Aujourd’hui, en comptant toutes ses déclinaisons, ses ventes annuelles représentent 12 millions de bouteilles et se font à l’échelle de la planète !

L’éclosion de nouvelles marques

Aujourd’hui des châteaux de renom, voire prestigieux, proposent donc des vins en appellation Bordeaux (ou Bordeaux Supérieur) portant leur griffe. Globalement, ils partagent un même mode d’élaboration, basé sur des apports externes en vin, assemblés en fonction du style recherché, répondant par-là à la notion de marque. Cela dit, chacun cherche à distinguer ses produits en soulignant le rôle de ses propres techniciens ou œnologues dans le « diminutif » du grand vin.

Le Bordeaux de Maucaillou

Château Maucaillou, un cru médocain en appellation Moulis, est apparemment le premier à avoir associé le vocable Bordeaux avec son nom de domaine. Son produit est et reste singulier dans sa conception puisqu’issu en bonne partie d’une propriété lui appartenant. Son succès a fait qu’il est complété maintenant par des vins d’autres sources, sélectionnés avec beaucoup d’exigence. Proposé uniquement en rouge et dans la catégorie plus élevé des bordeaux supérieurs, son volume commercialisé annuellement dépasse les 500.000 bouteilles. Conçu pour être aimable, et donc apprécié jeune, il peut se targuer d’un tarif très raisonnable, autour des 6-7 €.

Ronan by Clinet

Château Clinet, l’un des pomerols les plus prisés, a lancé en 2009 un bordeaux rouge dont l’étiquette reprend ostensiblement son nom. Un blanc le rejoint en 2012 mais reste marginal dans un ensemble qui représente aujourd’hui une production d’environ 400.000 bouteilles. La particularité du rouge est d’être issu du seul merlot, et de vins provenant exclusivement de la rive droite de la Gironde, terre d’élection du cépage. Il peut ainsi se prévaloir d’une certaine typicité. On peut d’ailleurs souligner la prouesse de l’équipe de Clinet d’avoir réussi comme une réminiscence du grand vin. Son cadre d’élaboration invite à tel rapprochement puisqu’il s’agit d’un chai récent (2012), implantée audacieusement au cœur du vignoble renommé de Pomerol. Dès lors, son achat (8,50 € à la propriété) n’en paraît que plus opportun.

Clarendelle

C’est en 2005 que les Domaines Clarence Dillon, propriétaires, entre autres, de Château Haut-Brion, premier grand cru classé, créent la gamme Clarendelle, composée de quatre cuvées portant la mention « Inspiré par Haut-Brion ». Si leur mode d’obtention ne diffère pas fondamentalement des vins de ce type, on met ici l’accent sur cette filiation en insistant sur l’ambition et le soin qui prévalent dans leur conception. « Les vins sont assemblés dans un style construit et de garde comme peuvent l’être les vins des propriétés de Domaines Clarence Dillon », déclare Gérard Blanloeil, directeur général. Il ajoute qu’ils sont livrés à maturité, « parfaitement prêts à boire », ainsi le rouge élégamment affiné qui est actuellement proposé dans le millésime 2012. Cette approche résolument qualitative se fait néanmoins dans l’esprit des vins de marques, ainsi que l’exprime ce responsable : « le cœur des vins qui composent Clarendelle s’enrichit chaque année de nouvelles sélections afin de toujours maintenir ce style. » Le niveau de prix constaté (15 € en rouge et en blanc) explique leur haut niveau d’achèvement dans cette catégorie.

Le Bordeaux de Citran, Le Bordeaux de Larrivet Haut-Brion
Ces deux châteaux ont récemment rejoint ce courant, mais en œuvrant en partenariat avec la maison Ginestet, un vénérable négociant. Ce dernier fait valoir son métier sur le plan des approvisionnements et soumet ensuite les assemblages réalisés aux équipes en charge des grands vins. Basés en rouge sur une composition du même type (60 % cabernet et 40 % merlot), ces bordeaux ne sortent pas pour autant du même moule car supervisés distinctement par Château Citran, un Cru Bourgeois en Haut-Médoc, et Château Larrivet Haut-Brion, un Pessac-Léognan. Ils se déclinent également en Bordeaux blanc et en Bordeaux rosé. La sagesse est de mise dans les prix puisque le premier est revendu environ 6 €, tandis que le second, réservé à la restauration, reste abordable dans ce cadre (prix conseillé : 20-25 €).


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


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