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Découverte

Le 12/09/2017 par Mohamed Boudellal

Le retour de la cartagène - un délice languedocien

Le retour de la cartagène - un délice languedocien

Ce vin de liqueur, ou mistelle(1), au nom évocateur d’une ville d’Espagne, est pourtant un pur produit languedocien. Si son origine reste indéterminée, on sait qu’il est resté longtemps confiné à la sphère domestique, y compris à la grande époque des apéritifs, ou vermouths(2), à base de mistelle, tels que Byrrh, Noilly Prat, etc. Et même si la cartagène a connu une production commerciale dès la fin du XIXème siècle, celle-ci est restée marginale. Le grand renouveau des vins du Languedoc, amorcé dans les années 80, n’aurait pas dû favoriser sa promotion, la région donnant pleine priorité à la « modernité » de ses produits. Malgré tout, des vignerons ont été sensibles à une boisson enracinée dans la culture régionale et exigeant d’eux un savoir-faire spécifique, mais compatible avec leur métier.
C’est ainsi que des domaines et des coopératives se sont mises à faire de la cartagène en suivant les règles de base des vins de liqueur. Cependant, contrairement à ses homologues d’autres régions (pineau des Charentes, floc de Gascogne, etc.), les conditions de son élaboration ne sont pas officiellement codifiées et font que les produits qui s’en revendiquent sont loin d’être uniformes. J’ai pu faire le constat de cette diversité en me fondant sur une dégustation de quelques 28 cartagènes, une diversité qui fait aussi son intérêt.

Comment s'élabore la cartagène

La cartagène s’obtient par mutage, opération qui consiste à mélanger de l’eau-de-vie à du raisin frais, appelé aussi moût, en vue d'arrêter le processus de fermentation. Le résultat est un vin très doux titrant autour de 16 % vol. d'alcool et comportant généralement entre 150 et 200 g de sucres non fermentés par litre. Contrairement aux vins de liqueurs institués, comme le pineau des Charentes, la fabrication de la cartagène n’est pas dictée par un cahier des charges officiel et se contente de référer au mode d’élaboration prôné par son syndicat. Ayant statut légal d’association (créé en 1985), celui-ci préconise un usage de plus de 50% de grenache (noir ou blanc) et pour le reste, des cépages autorisés dans la zone d’appellation considérée. Quant à l’eau-de-vie de mutage, elle doit être d’origine réglementée Languedoc (AOR.) D’autre part, la durée minimale d’élevage est fixée à 15 mois.

Bien que suivies sur l’essentiel, ces conditions ne sont pas contraignantes et font que les producteurs prennent quelques libertés pour personnaliser leurs produits. Il faut également savoir que ce vin de liqueur existe en blanc ou en rouge, suivant les raisins qui le constituent. En fait, les robes ne sont jamais aussi tranchées et se déclinent en teinte vieil or, ambrée, rosâtre ou grenat.

Toute une palette de goûts…

Afin d’avoir une vue d’ensemble des cartagènes produites actuellement, j’ai obtenu le concours de 21 producteurs dont 3 caves coopératives. La dégustation s’est déroulée dans le cadre de la Maison des Vins du Languedoc, en présence de Lise Carbonne qui préside le syndicat des producteurs de cartagène. C’est donc sous son expertise que j’ai évalué un large échantillonnage de cette spécialité.

Si les cartagènes dégustées avaient des teneurs en sucres variant entre 150 et 250 grammes par litre, les différences gustatives se faisaient davantage dans le ressenti des sucres que dans leur quantité. Ainsi, à teneur égale, certaines s’avéraient plus équilibrées que d’autres et ne nécessitent pas un service « frappé » que requièrent des exemplaires opulents, voire à tendance sirupeuse.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser a priori, il n’y a pas de corrélation précise entre la couleur et le goût d’une cartagène. On peut toutefois dire que la blanche, avec son essence plus délicate, laisse davantage transparaître l’alcool qui a servi à son mutage, développant un arôme typique d’amande amère plus ou moins prononcé. En rouge, l’alcool se fond mieux dans le fruit, donnant une sensation de fruits à la liqueur qui s’apparentent le plus souvent à de la cerise. La palette expressive des cartagènes ne se limite pas toutefois à ces schémas et s’étend à des registres très aromatiques de nature éthérée dont la vertu est de vivifier des vins intrinsèquement sucrés. Ce genre parfumé s’avère être des plus appréciables dans un contexte de vins particulièrement doux. Enfin, il y a celles qui reflètent l’élevage qui les a affinées et au terme duquel elles acquièrent de la suavité, parfois suggérée par des notes chocolatées, voire de torréfaction.

L’acteur le plus investi

Si elle ne se distingue pas par des produits atypiques, la coopérative gardoise des Vignerons de la Porte des Cévennes mérite une citation, s’agissant du plus important producteur de cartagène et assurant qui plus est une qualité suivie sur l’équivalent de quelques 25.000 bouteilles chaque année. Cette prééminence s’accompagne d’un savoir-faire accompli dans cette spécialité, ainsi que le démontrent la blanche et la rouge de « La Paysanne », sa marque emblématique. Elle produit également une cartagène certifié en bio et une version très originale puisque vieillie 10 ans en fûts.

(1) Dans une acception officielle, celle de l’Office International du Vin, on qualifie de mistelle un vin muté avant tout départ en fermentation alcoolique. Cette règlementation le distingue du vin de liqueur qui lui peut subir une très légère amorce de fermentation.
(2) Un vermouth est un vin aromatisé (plantes, épices, etc.) et fortifié au moyen d’alcool ou de mistelle.

Cette dégustation n’aurait pas été possible sans le concours du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc, de Jean-Philippe Granier, directeur technique de l’AOC Languedoc, et de Philippe Cabrit, animateur à la Maison des Vins du Languedoc. Je tiens ici à les remercier.

J’exprime également ma reconnaissance à tous les producteurs qui ont contribué à cette dégustation :
Domaine Pierre Belle, Domaine de la Belle Dame, Bergerie de Fenouillet, Domaine La Bouysse, Domaine de Brunet, Domaine Castan, Domaine Le Claud, Domaine Galtier, Château Haut-Gléon, Domaine Virgile Joly, Mas Jullien, Domaine Le Conte des Floris, Château Mire L’Etang, Domaine de Pailletrice, Château Pech-Céleyran, Les Vignerons de la Porte des Cévennes, Les Vignerons de Pouzols-Mailhac, Cave de Roquebrun, Domaine La Rune, Château Vaillé, Domaine La Yole.


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


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