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Découverte

Le 28/11/2017 par Mohamed Boudellal

Listrac-Médoc, un défi relevé

Listrac-Médoc, un défi relevé

L’AOC Listrac-Médoc, abréviée communément en Listrac, est l’une des six appellations communales du Médoc, au même titre que Margaux, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe et Moulis. Contiguë à celle-ci et comme elle modeste en superficie (600 ha), elle a su faire valoir ses particularités pour être reconnue comme une appellation d’origine à part entière en 1957. Depuis, force est de reconnaître sa difficulté à se distinguer dans un cercle de communales privilégiées par leur terroir et une forte antériorité sur le plan de la réputation. Pourtant, son vignoble ne manque pas d’atouts naturels et bénéficie d’une dynamique qui, depuis les années 70, l’a progressivement amené dans le sillage de ses paires. Dans cette ascension, il faut souligner le sens du défi qui a présidé la reprise de propriétés dont certaines étaient en état de déshérence.

Aujourd’hui, le handicap de sa naissance surmonté, Listrac affirme encore mieux sa différence, tout en étant au diapason de la tendance de toute une région à donner plus d’élégance à ses produits. Elle le fait à travers des vins au caractère puissant, francs, équilibrés et préservant longtemps la teneur du fruit. Par surcroît, la modestie de leur cote fait qu’ils sont proposés à des tarifs sages, à guère plus de 15 € pour bien des châteaux.

Singularités d’un terroir

Le vignoble de Listrac se confond avec la partie la plus élevée de toute l’aire médocaine et s’étend sur des croupes graveleuses ainsi que sur un plateau calcaire. L’un des avantages de la position éminente de son relief est de faciliter le drainage naturel des sols et de permettre ainsi une bonne régulation hydrique de la vigne, surtout dans une région où la pluviométrie est relativement élevée. En outre, la nature des sols est suffisamment variée pour permettre une adéquation avec les différents cépages cultivés et surtout avec le tandem merlot-cabernet sauvignon, véritable nerf de l’appellation.

Bien que le cabernet sauvignon soit synonyme de l’excellence en Médoc, c’est le merlot qui trouve ici un terrain de prédilection, surtout sur les sols argileux, qui ne manquent pas sur l’aire de Listrac. D’ailleurs, tous les acteurs ne s’y sont pas trompés et l’utilisent majoritairement dans les assemblages. Parmi les cépages complémentaires, le cabernet franc tient toujours un rôle d’appoint, tandis que le petit verdot suscite un nouvel intérêt, traduit à l’extrême par des cuvées qui l’emploient intégralement au profit d’expressions convaincantes, un cas unique dans les appellations du Médoc.

Vous avez dit rustiques ?

Communément qualifiés de rustiques, les listracs ne méritent guère cette étiquette dévalorisante. J’ai pu en juger à travers les nombreux vins et millésimes que j’ai dégustés. Et s’ils n’ont pas l’apanage de la finesse, ils ont celui de la fraîcheur caractérisant les textures, y compris dans des années chaudes et généreuses, comme 2010. C’est sans doute leur naturel structuré et leur puissance alcoolique qui ont induit cette opinion sommaire et qui, à mon sens, a perduré par référence aux fortes maturités atteintes pendant cette dernière décennie. Aujourd’hui, un regard plus objectif laisse sur l’impression de vins plutôt en phase avec les schémas d’évolution des Bordeaux pour des expressions plus en fruit et en équilibre, et sans caractère de garde ostensible.

Mes meilleures impressions

C’est sur la base d’une dégustation à l’aveugle du millésime 2014 que j’ai établi mon enquête sur le terrain, sachant qu’une majorité des acteurs de l’appellation était représenté. Cette tournée s’est avérée précieuse pour me rendre compte des différentes configurations du vignoble et indispensable pour apprécier avec un peu plus de recul d’autres facettes de la production des différents châteaux. L’ordre de présentation correspond simplement à celui de mes visites.

Château Clarke
Cette propriété-phare résulte d’un grand défi, celui lancé en 1973 par Edmond de Rothschild, à une époque où l’appellation avait si peu de notoriété. Bénéficiant d’une croupe de nature argileuse, son terroir engendre des vins qui ne se livrent guère les premières années, mais peuvent connaître un formidable épanouissement avec le temps, ainsi un 2001 d’un raffinement de texture magistral, qui en dit long sur le potentiel d’un terroir atypique. Cela dit, les derniers millésimes et en l’occurrence le 2014 montrent l’inflexion d’un style vers plus de justesse. C’est d’ailleurs dans ce sens que compte agir Fabrice Darmaillacq, son directeur technique.

Château Fourcas Hosten
Repris en 2006 par la famille Momméja, ce domaine continue de vivre une bienfaisante mutation et le démontre par un 2014 d’un goût profond et savamment élevé, tout en respectant le fruit. Le 2010 est un autre jalon probant de ce renouveau. Gâté par une année fastueuse, il en restitue l’opulence sur une trame qui reste pourtant fraîche.

Cave Grand Listrac
Cette coopérative a eu son heure de gloire lorsqu’on servait du « Grand Listrac » dans les voitures restaurants de la Compagnie des Wagons-Lits. Parmi les domaines qu’elle gère figure Château Vieux Moulin, dont le 2010 présente un rare équilibre dans un millésime excessif. Il est délicieux à boire à présent. La cave élabore en outre depuis le millésime 2015 une cuvée très marginale de petit verdot. Puissant, mais fin et doté d’un fruit juteux, il montre tout l’intérêt du cépage sur l’aire de Listrac.

Château Fonréaud – Château Lestage
La famille Chanfreau possède ces deux propriétés dont les vignes se partagent un secteur où se trouve le « toit » du Médoc. Leurs sols sont toutefois distincts, avec plus d’unité à Fonréaud, aux terres graveleuses. En dégustation, les vins diffèrent sensiblement, 2014 ayant délivré une expression plus en fruit et plus aimable à Lestage, tandis que son homologue m’est apparu généreux et davantage structuré. Cela dit, cette règle n’est pas immuable, les deux 2011 étant très proches et par ailleurs remarquables par leur amplitude et leur velouté.

Château Liouner
Pascal Bosq conduit efficacement un domaine produisant un listrac bien en matière, qui s’est avéré étonnamment réussi en 2013, avec un vin tout en fruit et prêt à boire. Cependant, sa grande spécialité réside dans la Cuvée Pierre, un vin confidentiel de pur petit verdot, élaboré uniquement les grandes années. J’ai pu ainsi apprécier le dernier produit, un 2015 d’une étonnante densité et finesse de sève, que vient doubler l’heureux effet d’une trame acidulée.

Château Cap Léon Veyrin
La famille Meyre est très anciennement implantée dans le pays listracais. Elle y possède plusieurs domaines dont celui-ci, où se trouvent ses racines. Elle y produit avec une grande régularité un vin de très bonne facture et foncièrement savoureux, ainsi qu’en témoigne un 2015 d’une totale harmonie et d’une fraîcheur de fruit et de constitution des plus séduisantes.

Château Fourcas Dupré
Patrice Pagès gère cette propriété familiale située avantageusement sur le plateau, au lieu-dit Fourcas. Il le fait non sans passion, exerçant son métier de manière avisée pour produire un vin étoffé, au fruit net, et d’une substance goûteuse. Le 2014 est de cette nature, d’une composition bien agencée, aux contours légers et d’un grain velouté.

Château Saransot Dupré
Héritier d’une longue lignée vigneronne, Yves Raymond a donné à son legs une brillante destinée. C’est ainsi que son 2014 a été le vainqueur de la dernière Coupe des Crus Bourgeois. Sélection de ses plus vieilles vignes, ce vin est en effet pétri de qualités, délivrant une expression hédoniste et pleine de panache. Emblème de cette tradition listracaise, son blanc comporte une bonne part de sémillon, d’où il tire une impression de douceur très prenante.

Château Baudan
Avec sa modeste superficie et un chai loin d’être spectaculaire, il fait figure de domaine vigneron, devant sa renaissance à Alain Blasquez, dont la carrière n’était pas prédestinée à ce métier. Ce « château » se distingue également par son terroir, constitué de sols spécifiques, autrefois appelées « graves de Baudan ». Ses vins sont d’un profil ample et élancé, non sans élégance, avec des qualités de fond qui leur assurent une honorable longévité, ainsi un 1998 d’un goût encore pertinent et toujours à la vente !

Des « listracs » blancs !

Sans bénéficier d’une appellation autre que celle de l’AOC Bordeaux, des châteaux s’appliquent pourtant à faire des blancs très soignés. Ils reprennent ainsi une tradition qui existait sur Listrac au XIXème siècle et qui a peu à peu décliné pour quasiment disparaître.
Parmi leurs ancêtres figure Le Merle Blanc, produit à Château Clarke et qui renaît en 1992, rejoignant alors celui élaboré par Château Saransot Dupré, un cas unique dans les annales puisque sa production ne fut jamais interrompue. Lui-même héritier d’un blanc anciennement renommé, Le Cygne de Château Fonréaud verra également le jour en 1992. Propriétaire de ce dernier, la famille Chanfreau a également ressuscité celui qui était fait jadis à Château Lestage, baptisé de son nom d’origine, La Mouette. Lancé en 2016, il est le dernier jalon d’une tendance qui a vu la création d’autres blancs : en 2013 à Château Fourcas Dupré, puis l’année suivante à Château Fourcas Hosten. Malgré tout, l’ensemble de la production reste très confidentiel.

Tous ces blancs sont élaborés non sans ambition, vinifiés et élevés en fûts de chêne. Leur composition est surtout basée sur du sauvignon blanc avec souvent du sémillon en complément, muscadelle et sauvignon gris venant éventuellement y apporter leur touche. J’ai dégusté tous ces vins dans le millésime 2016 et découvert un ensemble homogène en qualité et en style. Leur jeunesse se percevait dans un aspect tonique largement partagé. Ceux comportant du sémillon avaient un supplément de gourmandise typique de ce cépage, même en vin sec.

Crédit photos : Conseil des Vins du Médoc


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


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