Profitez de l'offre spéciale La FDV!
Découverte

Le 12/12/2017 par Mohamed Boudellal

Côtes de Bourg, le cavalier seul des Côtes

Côtes de Bourg, le cavalier seul des Côtes

Le vignoble des Côtes de Bourg se situe sur la rive droite de la Dordogne, à l’endroit de sa confluence avec la Garonne. Il connut une réputation au XIXème siècle, puisque certains de ses châteaux étaient cités élogieusement dans un ouvrage des éditions Féret qui faisait alors autorité. L’épisode dramatique du phylloxéra et les vicissitudes du premier XXème siècle ont eu raison de son embellie. Depuis, s’ils sont rentrés dans le rang, les Côtes de Bourg bénéficient toujours d’une estime particulière, due à des domaines ayant un fort ancrage familial, ainsi qu’à une conjugaison de terroirs et de savoir-faire au profit de vins d’un caractère entier et attachant, et dont les plus ambitieux apparaissent comme une réminiscence d’un passé prestigieux

Cette singularité, ses vignerons l’ont cultivée et assimilée au point d’avoir été les seuls à refuser de rejoindre l’ensemble formant l’AOC Côtes de Bordeaux, créée en 2007 dans le but de constituer une force commerciale. En déclinant ce ralliement, ils ont affirmé leur identité et se sont alors éloignés de leurs voisins des Côtes de Blaye avec lesquels ils formaient une entité pourtant logique par sa géographie. Ainsi, en acceptant leur destinée, les Côtes de Bourg ont préservé un capital de sympathie aux yeux de tout un public, cela d’autant plus qu’ils restent sur des prix souvent très accessibles.

Paysages et cépages

Le vignoble présente deux grands profils, d’une part le secteur longeant le cours de la Dordogne puis celui de l’estuaire, la Gironde, et d’autre part un plateau formant la majeure partie de l’appellation. Ainsi, d’un côté les vignes s’étendent sur la corniche calcaire dominant le fleuve, et de l’autre occupent les coteaux et vallons constituant le cœur de son territoire. A cette diversité morphologique répond une multiplicité des sols et autant de microclimats. On peut toutefois distinguer une ligne argilo-calcaire le long de la Gironde, des argiles graveleuses plus à l’intérieur et des argiles sablonneuses dans la partie la plus continentale. Ce schéma comporte toutefois de nombreuses exceptions, liées au sous-bassement géologique des reliefs.

Tout comme les vignobles dits de la rive droite, côtes et saint-émilionnais, les Côtes de Bourg sont un pays de merlot, cépage bien acclimaté et susceptible de délivrer des rouges complets, puissants et sur le fruit. Bien qu’au second plan dans l’encépagement global, le cabernet sauvignon tient tout de même sa place, apportant aux compositions un supplément de structure et de profondeur. L’usage du cabernet franc et du malbec est plus marginal, bien que celui-ci soit de plus en plus apprécié à la faveur d’une campagne de réhabilitation. Confidentielle (environ 40 ha au total), la production de blanc est autorisée en AOC, basée essentiellement sur le sauvignon blanc et le sémillon, deux cépages courants du bordelais. Egalement présent, le colombard est pratiquement l’apanage d’une seule propriété, qui exploite de longue date cette variété originaire des Charentes, mais qui a depuis fait florès dans les Côtes de Gascogne.

Le malbec, un retour aux sources

Dans le vignoble bordelais du XIXème, le cépage malbec représentait une part importante des plantations. On peut raisonnablement supposer que c’était le cas dans le territoire qui constitue aujourd’hui les Côtes de Bourg. Après un net déclin, pour ne pas dire sa quasi disparition, cette variété a été replantée sans trop de succès, les clones généralement utilisés s’étant avérés peu qualitatifs.
Cependant, grâce à une initiative du syndicat viticole de l’appellation, un programme de sélection massale a été mené afin d’aboutir à un clone plus satisfaisant. Dans cette démarche, le matériel végétal de référence a été trouvé sur place, mais aussi dans les grandes régions utilisant le cépage (Cahors, Val de Loire), et même en Argentine ! Dans l’état actuel du projet, ce clone « miracle » ne verra le jour qu’à l’horizon des années 2020, son processus de validation exigeant une longue phase d’expérimentation.
Dans les conditions actuelles, faute de convaincre pleinement, l’usage du malbec reste donc marginal mais représente tout de même 10 % de l’encépagement total. Cela étant, il parvient quand même à exceller dans quelques propriétés, au point de constituer l’essentiel d’une cuvée.

Mes bonnes adresses

Il m’a été donné d’évaluer un échantillonnage limité mais suffisamment significatif de la tonalité des Côtes de Bourg. La dégustation a porté sur les millésimes 2014 et 2015, aussi brillant l’un que l’autre, malgré des profils distincts, ce dernier ayant délivré des vins globalement plus riches et plus flatteurs. Bien mieux représentés, les blancs ont révélé un ensemble jouant le plaisir immédiat, excepté quelques expressions plus complètes.

Château Gravettes Samonac
Figure des Côtes de Bourg, Gérard Giresse a maintenant cédé la conduite du domaine à son fils Cyril, qui affirme déjà son ambition dans un vin d’exception (Cuvée E). Pour autant, il s’applique dans toute une gamme résultant d’assemblages judicieux de terroirs distincts et n’appelant que des compliments.

  • L’Elégance 2015 (6,50 €)
    Un joli boisé associé à un grand équilibre distinguent une expression sur le fruit et tout en velouté.

Château Tour des Graves
Limitrophe de Blaye Côtes de Bordeaux et exploitée de longue date par la même famille, cette propriété est aujourd’hui aux mains de David Arnaud, qui montre un savoir-faire consommé en blanc. Ses rouges ne sont pas en reste et brillent par leur expressivité.

  • Blanc 2014 « élevé en fût de chêne » (8,50 €)
    D’un florilège de qualité formant un tout délicieux, on retient surtout la finesse et une richesse de sève.
  • Idylle 2014 (15 €)
    Atypique par sa haute teneur en malbec (80 %), il déploie un grand volume d’où filtrent un fruit juteux et une structure agréablement soyeuse.

Château Laroche Joubert
La famille Dupuy perpétue une lointaine ascendance vigneronne et possède l’un des domaines les plus importants de l’appellation, scindé en deux châteaux. Relativement proches en style, leurs produits présentent toutefois des profils distincts, le vin de Château Labadie jouant davantage la concentration.

  • Château Laroche Joubert 2015 (6 €)
    Un vin attrayant par son bouquet, un équilibre achevé, un goût franc et précis.

Château Fougas
Adepte de la biodynamie, Jean-Yves Béchet a fait de sa propriété l’une des références en Côtes de Bourg. Afin de tirer le meilleur parti de son vignoble, il en répartit le fruit entre trois cuvées d’ambition croissante. La bien nommée « Maldoror » représente le cœur de sa production et donne l’exemple d’un vin accompli et sans ostentation.

  • Maldoror 2015 (13,90 €)
    Il double son raffinement par une nature délectable et une dynamique d’expression à sa mesure.

Château Lamothe
Anne Pousse exploite consciencieusement ce domaine dont la réputation est très ancienne, puisqu’il est cité en 1868 comme « cru bourgeois ». Elle y élabore des rouges d’un naturel attachant et d’un goût dont on ne se lasse pas.

  • Réserve 2014 (8,50 €)
    Remarquables, sa fraîcheur de fruit et de constitution fondent toute son expressivité et exaltent ses qualités de fond.

Château Sauman
Véronique Braud gère ce domaine familial situé tout au nord de l’appellation. Son insigne originalité réside dans un encépagement comportant de vieux malbecs, réputés qualitatifs. Ceux-ci concourent largement à la cuvée Emotion, qui en comporte 70 % et qui a eu mon adhésion.

  • Emotion 2014 (8,50 €)
    D’une parfaite rondeur, il contient une matière pulpeuse au goût rémanent, et imprégnée de tanins ronds et salivants.

Crédit photos : Amarante Puget - Vinalys


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


Partager cet article :

Commentaires :

Découvrez notre guide de la Foire Au Vin 2017

Archives par rubriques

Choisissez la rubrique à l'aide du menu ci-dessous :

Archives par auteur

Choisissez l'auteur à l'aide du menu ci-dessous :

Soutenez la Feuille de Vigne

Vous aimez nos articles? Venez grossir nos rangs et discuter avec notre équipe sur Facebook.