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Découverte

Le 19/12/2017 par Mohamed Boudellal

Les douceurs du Bergeracois

Les douceurs du Bergeracois

Si Monbazillac reste l’appellation la plus connue pour ses liquoreux, le vignoble de Bergerac produit d’autres vins doux, aussi riches ou un peu moins, suivant les catégories où ils sont élaborés. Il faut savoir que la région partage avec le bordelais un climat propice à des vendanges tardives, effectuées pour obtenir des raisins très mûrs, gorgés de sucres, ou carrément en état de dessiccation, appelée pourriture noble, de manière à élaborer un vin d’un goût sucré plus ou moins prononcé. Saussignac et Haut-Montravel sont les autres appellations autorisées à faire des liquoreux, tandis que ceux moins riches en sucres, appelés moelleux, sont possibles dans des aires bien délimités (Côtes de Montravel, Rosette) ou bien à l’échelle de tout le vignoble (Côtes de Bergerac).

L’or de Monbazillac

L’importance du vignoble de Monbazillac (3600 ha) doit être relativisée à l’aune du très faible rendement de vignes dont les raisins, atteints de pourriture noble, ont perdu beaucoup d’eau. C’est sur les terrasses et les coteaux de la rive gauche de la Dordogne qu’un microclimat permet le développement sur les baies d’un champignon répondant au nom savant de botrytis cinerea. Provoqué par l’humidité des brumes matinales et son alternance avec l’ensoleillement des après-midi, ce phénomène naturel a pour effet d’assécher les raisins et d’y concentrer le sucre. Leur récolte nécessite un certain doigté et plusieurs passages dans les vignes car la pourriture ne s’étend pas uniformément et se prolonge souvent sur plusieurs semaines.

Pourvus d’une forte teneur en sucre, les monbazillacs le sont à l’égal des sauternes. Cependant, cette richesse n’est pas fatale et peut être modulée par le jeu de l’acidité. Il faut savoir que celle-ci se consume à mesure de l’augmentation du sucre dans le raisin, ce qui arrive immanquablement avec le sémillon, le cépage néanmoins le plus doué pour obtenir des liquoreux.
Aussi utilise-t-on des variétés d’appoint afin de préserver une fraîcheur sans laquelle le vin aurait trop d’opulence. C’est donc la muscadelle et le sauvignon qui tiennent efficacement ce rôle, sans parler de leur apport au plan aromatique. Par ailleurs, il y a un autre don du terroir de Monbazillac, celui que lui confèrent des sols spécifiques, où la vigne vient puiser une essence minérale qui imprègne les vins à un point tel que leur rémanence est remarquablement épongée de sa douceur.

Fort de ces équilibres, ce vin délivre une expression propre aux grands liquoreux, avec des arômes de douceurs exquises, voire envoûtantes, toujours rehaussées de sucs acidulées, que certains qualifient de « rôti », par allusion à ceux d’un viande justement rôtie ! Au palais, on perçoit des matières volontiers onctueuses et suaves, qui peuvent de surcroît enchanter lorsqu’une forme de fraîcheur vient les délivrer de leur propension à la langueur.

Avec le foie gras mais pas seulement…

A une époque où dans nos sociétés la consommation globale de sucre atteint un niveau sans précédent, il est paradoxal de constater que les vins doux, et tout particulièrement les liquoreux, ne bénéficient pas du même engouement, loin de là. Pourtant, ils auraient leur place en de maintes occasions hors celles apéritives ou, bien entendu, d’accompagner éternellement le foie gras. Outre ces accords et d’autres harmonies possibles (plats salés/sucrés), il est bien des accords de contraste où ce type de vin trouverait sa place : sur certains fromages, notamment les persillés (roquefort, fourmes), sur des desserts aux fruits acidulés et là où des alliances apparemment insolites fonctionnent bien, comme sur une fondue de poireaux !

Une sélection pour tous les goûts et tous les budgets

J’ai opéré une sélection de moelleux et de liquoreux parmi les vins rassemblés lors d’une manifestation qui a fait écho à son édition du printemps(1).

Alliance Aquitaine
Prestige de Montpierreux – Côtes de Montravel 2011 – 6 €
Un petit prix mais une qualité honorable pour ce moelleux produit pas la coopérative du Fleix. Arômes bien typés (miel, fruits confits, « rôti ») et un équilibre sur la souplesse, sans caractère sirupeux.

Vignerons de Sigoulès
Cantera – Saussignac 2015 – 8,50 €
Toutes les vertus de ce terroir semblent rejaillir dans ce vin remarquable par sa franchise, son ampleur et une agréable douceur, mâtinée d’un goût d’agrumes.

Cave coopérative de Monbazillac
Château Septy – Monbazillac 2014 – 11 €
Cette coopérative a le privilège d’être propriétaire du Château de Monbazillac. Cependant, sur le moment, j’ai été plus sensible à la fraîcheur et à la spontanéité de cette cuvée, déjà prête pour les fêtes de fin d’année !

Château Kalian
Monbazillac 2014 – 15 €
Ce domaine a présenté deux vins, dont une « sélection de grains nobles ». J’ai eu une nette préférence pour celle-ci, magnifique à tous points de vue : ample, fraîche, exprimant un goût pur et d’une haute teneur.

Château Grande Maison
Cuvée du Château – Monbazillac 2013 – 22 €
Ce millésime de petite réputation a néanmoins engendré ici une expression joliment profilée, riche sans excès et avantagée par un fort caractère minéral qui résorbe admirablement sa nature sucrée.

Julien de Savignac
Clos L’Envège – Cuvée Henri IV – Monbazillac 2006 – 29 €
Elaboré seulement les années les plus propices, ce liquoreux fait valoir une plénitude de fruit, une finesse et une fraîcheur sans pareil. Son raffinement et son essence minérale font penser à un grand barsac(2).

(1) Organisé par l’interprofession des Vins de Bergerac et Duras, l’événement « Les Belles Cuvées » s’est déroulé le 8 novembre dernier à Paris. Un article a déjà été consacré à sa session de printemps : Les perles de Bergerac et des Côtes de Duras.
(2) Barsac est une appellation du Sauternais, également réservée à des liquoreux.

Crédit photos : François Millo (courverture) et Loïc Mazalrey (encart)


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


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