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Découverte

Le 25/04/2017 par Mohamed Boudellal

Fronsac - Un grand terroir se confirme

Fronsac - Un grand terroir se confirme

La vocation viticole du Fronsadais est ancienne et date sans doute de l’époque gallo-romaine. Ce territoire eut d’ailleurs son heure de gloire vers la fin de l’Ancien Régime, où ses vins étaient plus estimés que ceux de Saint-Émilion à la cour de Versailles. Cette renommée dure jusqu’à la fin du XIXème siècle, puis la région connaît une longue éclipse qui se prolonge jusqu’au cœur du siècle suivant. En partie dévoyée dans des vins courants, sa production mettra du temps à trouver un niveau digne de son potentiel. Aujourd’hui, le retard qualitatif sur ses pairs du saint-émilionnais est désormais comblé puisque fronsacs et canon-fronsacs n’ont rien à leur envier, sauf la notoriété. Il est vrai que le négoce bordelais, en maître du marché, n’a pas favorisé leur reconnaissance et fait en sorte que leurs prix ne reflètent pas leur véritable valeur.
Dans cette considération, le consommateur avisé trouvera son compte puisque des vins de cette trempe et non dénué de grandeur se trouvent à des tarifs loin d’être prohibitifs.

Un vignoble paysager

Parmi les ensembles qui composent le vignoble bordelais, celui réunissant les appellations Fronsac et Canon-Fronsac est assurément l’un des plus singuliers. Situé sur la rive droite de la Dordogne, le Fronsadais est riche de reliefs, la vigne épousant ses nombreux coteaux ainsi que le plateau qui les domine. En cela, il diffère notablement des vignobles voisins de Pomerol et de Saint-Émilion, aux allures tabulaires ou moins accidentées. Cette configuration, doublée des microclimats inhérents à la diversité des expositions, forge assurément le caractère de ses vins. Il y a en plus l’influence propice des sols, calcaires sur le plateau, plus argileux sur les pentes où ils sont qualifiés de molasses du fronsadais, une géologie remarquable que l’on retrouve sur des terroirs portant des grands crus classés de Saint-Émilion.


Une forte identité

A l’instar des bordeaux de la Rive Droite, les expressions fronsadaises sont issues très majoritairement, voire exclusivement, du cépage merlot. Les variétés complémentaires utilisées sont le cabernet franc, le cabernet sauvignon et plus rarement le malbec. Le rôle des cabernets est loin d’être accessoire, certains domaines le considérant comme indispensable au style de leurs vins, leur apportant du relief, un supplément de tension et d’autres nuances aromatiques. Cependant, les tenants du merlot peuvent démontrer que le produit d’un mono-cépage excelle par son homogénéité, cela sans manquer d’expressivité. Le terme « rustique » qui a longtemps qualifié les vins du Fronsadais apparaît aujourd’hui obsolète tant ils ont gagné en définition, en équilibre et en fini de structure. Ils peuvent même se prévaloir d’une fraîcheur de texture introuvable sur le reste de la Rive Droite, et à ce niveau d’ambition.

Canon-Fronsac et Fronsac dans une même destinée

Proches par la géographie et d’autres facteurs naturels, ces deux appellations sont pourtant distinctes, l’aire de Canon-Fronsac étant délimitée sur le plateau et sur des versants bien drainés, soit un périmètre plus restreint (237 ha contre 766 ha). Cette configuration, doublée de sols plus spécifiquement calcaires, crée cette différence, à laquelle s’ajoute évidemment celle du savoir-faire de chaque producteur. Dès lors, le vignoble de Canon-Fronsac est-il l’âme du Fronsadais, ainsi que l’histoire l’a officieusement désigné ? Pour autant qu’elle soit pertinente, cette question ne s’inscrit peut-être plus dans les préoccupations actuelles où les deux dénominations sont liées dans la quête d’une meilleure réputation, celle qu’appelle le niveau de qualité atteint de part et d’autre.


Mes bonnes adresses en Fronsadais

Une dégustation plutôt exhaustive dans les deux appellations (50 vins au total), faite dans le millésime 2014 et dans un esprit d’équité, c’est-à-dire sans voir les étiquettes, m’a permis de distinguer quelques vins remarquables. Je suis allé à la rencontre de leurs auteurs.

Château La Valade
Hervé Roux a le mérite d’élaborer des vins sincères et sans artifice avec un équipement modeste. Fait rarissime, son fronsac est élevé sans fûts de chêne et développe un insigne caractère savoureux. D’allure plus raffinée, le canon-fronsac Château Canon La Valade est d’un style accompli. Respectivement 11 € et 13,50 €.

Château Lagüe
La cave et la demeure attenante sont situés sur un tertre où la vue est imprenable. Là, Arnaud Roux-Oulié vinifie habilement un fronsac élégant, plein d’expressivité et d’une finition magistrale. 9,50 €

Château Canon Saint-Michel
Adepte de la biodynamie, Jean-Yves Millaire, un vigneron plein d’assurance, produit majoritairement en Canon-Fronsac, dans un style sans esbroufe, franc et digeste, non dénué de fond. 14 €

Château Fontaine Saint-Cric
Cette petite propriété (1,50 ha), régie avec brio par Xavier Grassies, est à l’origine d’un fronsac très harmonieux et éclatant d’un fruit qu’on dirait juteux. 12,50 €

Château Cassagne Haut-Canon
Vigneron méticuleux et très sensible à l’environnement de ses vignes, Jean-Jacques Dubois soigne tout autant ses vins, livrant un canon-fronsac sans épate, d’une texture profonde et particulièrement sapide. Cuvée La Truffière : 17 €

« Expression de Fronsac », un club inspiré par l’exigence

Créé en 1988, à une époque où les deux appellations étaient loin d’être homogènes sur le plan de la qualité, cette association regroupe aujourd’hui 12 propriétés dont la plupart y adhère depuis le début. Réunies sous la bannière de l’excellence, elles œuvrent bien entendu pour leur promotion mais incidemment dans l’idée que leur réussite rejaillisse sur tout le Fronsadais.

Dégusté parmi les autres 2014, leur ensemble a fait très bonne figure, en particulier les vins que je décris et qui ont eu ma pleine adhésion.

Château Dalem (Fronsac)
Mis en valeur par sa fraîcheur de texture, un fruit intense et plein de vitalité imprègne toute l’expression, tandis qu’une structure à peine appuyée laisse présager d’un bel avenir. 25 €

Château de Carles (Fronsac)
Ici, le fruit règne aussi en maître et rend délectable ce vin doué d’un grand équilibre et magistralement structuré, tout en finesse. Cuvée Haut-Carles : 28 €

Château Gaby (Canon-Fronsac)
Son goût, net et profond, prend une tournure délicieuse sous l’effet d’un élevage de choix qui épanouit en outre toute l’expression et procure un grand velouté aux tanins. 38 €

Je tiens à remercier le Conseil des Vins de Fronsac pour l’aide précieuse qu’il m’a apporté dans la réalisation de cet article.

Crédit photos : Jean-Bernard Nadeau


Quelques mots sur l'auteur : Mohamed Boudellal

Diplômé en histoire de l'art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d'autres titres comme L'Amateur de Bordeaux, Gault-Millau et Terre de Vins. Il a également été correspondant pour le webmagazine Le Journal du Vin, et est co-auteur dans l'édition 2016 du "Grand Larousse du Vin".


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